Je ne m'attendais pas à publier un deuxième texte si tôt sur mon blog. Je ne suis pas encore aux Etats-Unis, au coeur de la campagne.
Hier soir, peu après l'envoi de mon premier texte d'introduction, j'ai allumé la télévision. "Excellente nouvelle," m'annonçait David Pujadas dans un flash spécial. Après six années de détention aux mains des FARC, Ingrid Betancourt était enfin libérée. Il se trouve que j'héberge ces jours-ci un ami colombien. "Camilo, Ingrid Betancourt is free!" Son incrédulité, suivie de sa joie et de son émotion, non dissimulées, faisaient plaisir à voir. Nous avons passé l'heure suivante devant l'écran, qui nous montrait en direct l'arrivée de l'ex-otage -- comme les journalistes l'appellent désormais --, les discours de chacun des quatorze autres otages libérés avec elle, puis enfin sa déclaration, émouvante, énergique, lucide, heureuse, reconnaissante, émouvante, émouvante, émouvante.
Je suis allé me coucher. Camilo a continué la nuit au téléphone avec sa famille en Colombie. Dans la pièce d'à-côté, je devinais beaucoup de joie.
Quel rapport avec le thème annoncé de ce blog?
Devant la télé hier soir, j'ai appris que John McCain, hasard de calendrier, était en Colombie au moment du sauvetage d'Ingrid.
Il n'a rien à voir avec l'heureux événement, mais il était là-bas, et il ne sera pas étonnant d'entendre le nom d'Ingrid Betancourt dans ses prochaines interventions.
Le fait est que les Etats-Unis ont joué un rôle dans la libération des otages. L'heure, pourtant, est aux félicitations abondantes à l'armée colombienne et au Président Alvaro Urribe. Le succès et l'audace de l'opération sont incontestables. Le triomphe est sans doute mérité. L'émotion et la joie sont grandes. On laisse le président colombien profiter de sa gloire et de son immense popularité auprès des Colombiens.
Bientôt, pourtant, on entendra que les Etats-Unis ont joué un rôle significatif dans cette opération, puisque les Américains, dont trois des leurs étaient également otages, ont mis à disposition de l'armée colombienne des moyens techniques -- satellitaires -- importants pour mener à bien leur opération de sauvetage. Soit dit en passant, cet aide fut apparemment plus pragmatique et efficace, sinon aussi spectaculaire, que celle de l'Etat français -- et je parle bien de l'Etat, pas des nombreux français qui se sont mobilisés pour faire campagne pour la libération d'Ingrid Betancourt -- dont le chef, Nicolas Sarkozy, a fait beaucoup de diplomatie et a déclaré qu'il serait prêt à aller chercher Ingrid lui-même dans la jungle colombienne!
Les Etats-Unis -- ceux de George W. Bush!! -- ont prêté leurs satellites.
Il ne sera donc pas étonnant, dans les jours qui viennent, que le succès de l'armée colombienne devienne un succès américain, un succès de Bush!
Certes, John McCain, comme tous les autres candidats à l'investiture du parti républicain, n'ont jamais exprimé une grande admiration pour leur président sortant. Si les militants démocrates brandissent haut des pancartes qui disent "McCain = Bush III", ça n'est pas pour plaire au candidat républicain.
Pourtant, McCain, comme Bush, est un va-t-en-guerre. Il ne cache pas qu'il est prêt à engager son pays en Irak pendant cent ans s'il le faut. Et Urribe, depuis quelques années, a mené envers les FARC une politique qui sied bien à McCain. John ne manquera pas de se reconnaître dans cette politique, peut-être même ira-t-il jusqu'à citer Urribe en exemple dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Certainement, cet événement va surgir dans la campagne. Je m'avance peut-être. J'espère que je me trompe. Mais la machine républicaine recule devant peu de choses lorsqu'elle est en campagne.
A suivre.
Adishats
Thursday, July 3, 2008
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3 comments:
cool!!! c'est bien ecrit et interesant, continue!!!!
annonyme, aka Scarlett
Salut Lionel
Pour quelqu'un comme moi que suivre l'actualité fatigue ce digest tombe à point! Et pour une fois je n'ai aucun doute sur l'integrité du journaliste :-)
Salut, Lionel
Bravo pour ton blog. Il est utile en cette époque si particulière.
Tu as raison de le souligner, il se passe quelque chose de grand, en ce moment. Un homme se lève et marche vers nous, un homme peu connu jusqu'à présent. Il vient d'un Etat un peu petit mais, de l'autre côté de l'Atlantique, il suscite un engouement très fort et - surtout - beaucoup d'espoir.
Alors, au risque d'être taxé de partialité, j'ai envie de faire comme ces millions d'Américains et, moi aussi, de crier:
"Go, Jean-Claude Juncker, go!" ;0)
Bon, allez, trêve de plaisanteries et bon départ pour l'Oklahoma.
Amitiés,
Olivier Cassagnau
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