Parfois surprenantes les ressemblances que l’on trouve entre la politique américaine et la politique française vues au prisme des médias qui, grâce à l’internet, n’ont plus aucun secret pour nous (du moins veut-on le croire pour se sentir un peu plus maître de nos pensées).
Il y a à peine deux semaines, l’internet trahissait le monde politico-médiatique en diffusant ce que Nicolas Sarkozy avait osé dire, en off, avant son interview sur France 3. La France, ou une partie d’entre elle, s’était émue de ce que le Président se fut ému du « manque d’éducation » du technicien qui avait refusé de le saluer et de ce qu’il ait promis du changement dans l’audio-visuel public. Peu importe qu’il s’avéra que Sarko ne faisait pas là référence à ses réformes du service public mais qu’il répondait à une remarque inaudible d’une journaliste sur le plateau à propos de la culture bien française du manifestant. L’occasion était trop belle pour ne pas la saisir, l’occasion que nous donnait une fois de plus les médias de voir Sarko tel qu’il est vraiment. Le problème, c’est que depuis son désormais mondialement célèbre « Casse-toi pôv’ con », l’intéressé a mis la barre haut, et il nous faut nous inventer des histoires pour jouir de ce privilège qu’est le nôtre, et rien que le nôtre, de savoir sur notre Président quelque chose que nul autre ne peut savoir. Car c’est bien ce sentiment bêtement humain qui nous excite lorsque nous visionnons une séquence du off, bien que nous soyons très conscients des milliers de visionnages enregistrés par le compteur de youtube.com.
Soit dit en passant, je trouve dans cette vidéo bien plus problématique le dialogue entre le Président et le journaliste Leclerc : « Alors, ils t’ont mis au placard pendant deux ans ! ... ». Connivence, copinage, intervention du politique dans la vie interne d’une entreprise des médias, etc, etc.
Bref, ici aussi, aux Etats-Unis, les mêmes instincts bêtement humains des téléspectateurs ont été satisfaits par les mêmes médias manipulateurs.
C’est Jesse Jackson, le célèbre pasteur noir, qui fut l’auteur de ce que l’on appelle ici « a hot mike blunder », une « bourde au micro chaud », c’est-à-dire au micro allumé. Jesse Jackson, avant que l’antenne soit à lui, murmure à son voisin: « See, Barack been, um, talking down to black people on this faith-based thing... I wanna cut his nuts off!”, cette dernière remarque ambitieuse étant accompagné d’un geste vigoureux du bras au bout duquel on imagine aisément une main se refermer en un poing sur une partie anatomique particulièrement sensible du candidat démocrate à l’élection présidentielle avant d’être retirée fermement emportant avec elle tout ce qu’elle aura pu saisir.
A mon avis, Jesse n’a fait qu’exprimer un sentiment de frustration pour quelqu’un qu’il apprécie, comme on pourrait dire de ses enfants, dans un moment d’impatience rageuse, « j’ai envie de lui arracher la tête ».
Mais comme nous sommes aux Etats-Unis, il a présenté des excuses publiques moins de vingt-quatre heures plus tard.
Malheureusement pour Barack Obama, cette bourde fut commise sur Fox News, une chaîne entièrement dévouée aux conservateurs (Jean-Pierre Pernaut y ferait figure de gauchiste révolutionnaire). Par conséquent, sur son site internet, Fox non seulement diffuse ces images censées être privées, mais également les manipule afin de communiquer un message bien plus insidieusement destructeur que l’emportement du pasteur. Un montage passe la remarque de Jackson, puis la repasse mais en partie seulement, en s’arrêtant sur l’idée que Barack se montre condescendant envers les Noirs. On utilise le prétexte de la bourde pour en fait diffuser à l’envi un commentaire qui pourrait nuire au candidat démocrate. Et le tour est joué.
Les médias français ont tant à apprendre de Fox News.
Dans les prochains épisodes, je vous parlerai de ma première réunion de campagne démocrate, et du nouvel exploit de Pixar, Wall-E, l’histoire d’un petit robot solitaire qui indigne les conservateurs. En attendant, emmenez vos enfants voir ce film et si vous n’en avez pas, empruntez-en quelques-uns pour vous donner un alibi.
Saturday, July 12, 2008
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